Quand je suis arrivée au programme de danse du Cégep, j’ai découvert un tout nouvel univers. Un monde dans lequel mon attention était constamment tournée vers mon corps, ma posture, l’utilisation de mes muscles, de TOUS mes muscles. C’était fatiguant et fascinant à la fois.

J’ai commencé à sentir, pour la première fois de ma vie, que je pouvais habiter cette enveloppe avec plus de consistance et de profondeur. J’ai appris à être plus consciente de ma posture, et juste ça c’était une révolution en soi.

Sur-conscientisation

Et être plus consciente veut aussi dire de reprendre le contrôle, en quelque sorte. Mais avant ça, le chemin de la conscientisation n’est pas nécessairement simple. C’est aussi passer par une sur-conscientisation. Si avant je n’étais pas consciente de mon corps, tout-à-coup je le devenais trop.

En fait, j’étais pognée dans mon corps depuis l’adolescence et devenir une femme, c’était, comment dire… menaçant.

Je me souviens que trop bien, à l’adolescence, de ces moments de grande désespérance devant les magazines dictant la beauté féminine. Je me souviens de souffrir en regardant tous ces corps « parfaits » dans des mises en scène évoquant le désir, le bien-être, le plaisir. Ces femmes avaient l’air suffisantes au sens où rien ne paraissait les affecter, elles semblaient avoir tout et besoin de rien.

Je me souviens de ne désirer qu’une seule chose à l’époque (à part de danser avec les Backstreet Boys) : avoir moi aussi un corps « parfait ». J’aurais été tellement plus heureuse si j’avais été comme elles. J’aurais l’approbation de la société, de mes parents et de mes amis (et j’attirerais sans doute la jalousie des filles, mais je serais tellement mieux).

Détester son corps

Mon corps n’était pas comme ceux dans les magazines et ça me faisait souffrir. J’étais tellement malheureuse de n’être qu’une fille ordinaire. Je haïssais ma chair. M’habiller était un calvaire. Je pouvais me changer dix fois et me trouver toujours aussi hideuse, aussi embarrassée de ma personne. Je portais une attention démesurée au moindre « défaut ». Tout et rien me paraissait en fait comme une difformité humiliante et dégoûtante.

Et il fallait que je me rende tous les jours à l’école avec cette désolante anatomie. Que j’affronte les regards persécuteurs, hautains et dédaigneux. Et même si pourtant je sais aujourd’hui que j’étais une jolie jeune fille, c’est comme ça que je le vivais chaque jour.

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Je suis donc arrivée au Cégep avec l’impression de porter un bikini trop petit en permanence, aux yeux de tous. C’était crissement pas confortable. Comme si j’étais à moitié toute nue et que la bobette me rentrait dans craque. Pareil pareil.

Et ma première formation en art dramatique n’avait pas réussi à me dépogner. C’est peut-être aussi pour ça que je n’ai pas eu la volonté d’auditionner pour les écoles de théâtre. Une seconde formation en danse me paraissait comme une 2e chance de sortir de mon cocon.

Et pour une fois, je ne me suis pas trompée.

 

Danser pour incarner ma beauté

En devenant consciente de mon corps et de ma posture, la conception que j’avais de moi-même s’est tranquillement transformée. J’ai même commencé, à l’occasion, à me trouver belle. Le pouvoir que je reprenais sur mon corps me faisait sentir plus forte, plus solide. Parce que oui, c’est comme si on m’avait volé mon pouvoir personnel en me dictant une vision réductrice de la beauté et du bonheur.

Je ne suis pas en train de dire que je suis devenue bien dans mon corps du jour au lendemain. Eh boy non! Mais c’était un début. Et encore aujourd’hui, plus d’une quinzaine d’années plus tard, je vis encore une ambivalence sur mon bien-être corporel. Je me sens, oui, beaucoup mieux qu’il y a quinze ou vingt ans, mais je fais parfois des rechutes. Et il m’arrive encore de déprimer parce que je ne me trouve pas assez mince. Et en même temps je suis complètement contre ce modèle unique de beauté et de réussite.

La dictature de la beauté

Mais cette dictature de la beauté, ça devient comme une voix schizophrénique à l’intérieur. Quand je vais bien, j’arrive à faire fi de ses sournoises allusions, mais dès que je me sens un peu plus vulnérable ou triste, elle devient plus insistante.

Et ça me fait de la peine aussi quand j’ai des amies qui témoignent de leur non-amour d’elles-mêmes et de leur corps. J’ai de la peine pour toutes nous autres pognées dans le même bateau. Je pense qu’on est une maudite gang, et ce, même si c’est contre notre propre volonté.

La mission de Mon Âme Danse, c’est beaucoup pour ça. Pour nous aider à développer une meilleure relation avec soi-même, avec son corps malaimé ou étranger. Et je l’expérimente chaque jour : plus je suis bien dans mon corps et avec moi-même, plus je suis confortable en relation avec les autres.

Un livre qui fait du bien :

Des participantes nous parlent de leur expérience avec Mon Âme Danse :

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