Crédit photo : Lina Trochez

Qui se sent complètement satisfait de soi-même, tant physiquement que socialement ? Une minorité, si on se fie aux nombreuses études sur l’image corporelle, pour ne nommer que celles-ci.

Les complexes concernent le plus souvent notre apparence physique. D’ailleurs, « 73% des femmes souhaitent perdre du poids et 22% affirment que la gestion de leur poids domine leur vie ».[1] C’est dire à quel point nos complexes peuvent prendre toute la place.

Dans le quotidien ? On s’empêche de porter des jupes parce qu’on n’aime pas nos jambes, d’aller à la plage pour ne pas avoir à porter de bikini ou même d’aller à une soirée parce qu’on ne trouve rien à porter qui dissimulera suffisamment nos complexes.

On peut également se sentir complexé par des traits de notre personnalité. Se juger pour notre façon d’être en relation avec les autres, parce qu’on est trop timide ou pas assez à l’écoute…

Anatomie du complexe

Se sentir complexé, c’est quoi exactement ?

C’est se dévaloriser et même ressentir de la honte face à une caractéristique physique ou un trait de sa personnalité. C’est focaliser tellement fort sur un truc en particulier qu’on en développe une obsession ainsi qu’une perception déformée.

Bien qu’ils puissent apparaître dès l’âge de 7 ans, c’est souvent à l’adolescence qu’on développe nos premiers complexes. C’est une période où notre corps change énormément, où notre identité et notre image de soi est en pleine formation/transformation et des réactions inadéquates de nos proches ou amis peuvent nous fragiliser. Ça peut nous amener à répugner notre propre corps sans trop savoir comment apprendre à l’aimer ou à se juger sévèrement sur nos comportements.

Mais il n’y a pas que l’adolescence qui est une période à risque. La pression sociale peut être très forte de rester jeune et le vieillissement devenir source d’angoisse. Peu importe l’âge, l’estime de soi et son sentiment de valeur personnelle en pâtit.

Bien sûr, la définition de la beauté et de l’image idéale qu’on nous renvoie ne correspond pas à la réalité, mais devient un but à atteindre pour beaucoup d’entre nous. Avec tout ce qui nous est présenté chaque jour à la télé, dans les revues, les affiches publicitaires et notre fil d’actualité Facebook, difficile de de ne pas être dans la comparaison. Et cette réalité peut avoir pour conséquence de nous plonger dans un état d’insatisfaction permanente.  

L’Association pour la santé publique du Québec nous révèle qu’« un très grand nombre de femmes et de jeunes filles entretiennent un sentiment d’insatisfaction chronique vis-à-vis de leur corps – sentiment qui ne fait que s’amplifier avec l’âge. »[3]

Mélissa nous raconte… (nom fictif, histoire vraie)

“Quand j’étais adolescente, je me sentais inconfortable dans mon corps, j’étais timide et je n’avais pas les outils pour répondre aux commentaires de mon oncle qui me disait lors des soupers de famille : “mange tes patates, ça fait pousser les seins!”.  

Par la suite j’ai commencé à porter des vêtements amples et à courber les épaules pour cacher mes formes. Mais c’est seulement lors de mes premiers traitements en ostéopathie que j’ai réalisé que ça avait carrément modifié ma posture et eu des impacts sur ma santé posturale en plus d’avoir eu une importante influence sur mon estime personnelle.”

Un quotidien dominé par les complexes

Quel est le premier réflexe qu’on développe lorsqu’on est obsédé par un ou plusieurs complexes ?

Instinctivement, on cherche à cacher la ou les parties de nous qui nous font honte : porter des vêtements amples pour dissimuler les formes, maquiller les « imperfections » ou même s’interdire de porter quelque chose qui nous fait pourtant envie.

Comme Mélissa, on peut même en venir à modifier sa posture. Ou encore développer un humour ou une gentillesse extrême.

On en arrive même à éviter carrément les situations qui pourraient exposer nos complexes ou bien on développe une qualité à outrance pour attirer l’attention ailleurs et se faire aimer (parce qu’on pense ne pas pouvoir l’être autrement).

Puis on envisage des interventions plus importantes telles la chirurgie pour éliminer ce qui nous paraît être la source de toutes nos souffrances. Ça devient vite un quotidien essoufflant et souffrant.

« Ce type d’insatisfaction a été associé à un niveau plus élevé de symptômes dépressifs et de stress. Un mal-être général peut être ressenti et les activités de la vie quotidienne, telles que les repas, le moment de s’habiller ou les activités sportives pour ne nommer que celles-là, sont susceptibles de se transformer en sources importantes d’anxiété. »[5] Ces insatisfactions sont également associées à un plus haut risque de tentative de suicide.[6]

Les conséquences que les complexes peuvent avoir dans nos vies ne sont donc pas à prendre à la légère.

À quel moment un complexe est un problème ?

La première question à se poser est : est-ce que ça nuit à mon bien-être ?

Les études démontrent que ces préoccupations sur son apparence sont fortement liées à des problèmes de santé mentale et de bien-être dont l’anxiété et la faible estime de soi.[2] Et ce sont des facteurs qui jouent un rôle très important dans le développement de la dépression.

Les complexes deviennent aussi problématiques à partir du moment où ils nous briment dans nos activités quotidiennes et dans nos projets. Quand on s’empêche de sortir ou de participer à des événements qui nous intéressent parce que la peur du jugement prend toute la place. Quand on est convaincu d’une image négative à notre sujet et qu’on ne la remet même plus en question, alors que ça teinte pourtant nos décisions et nos choix.

Connaissez-vous vos complexes et la manière dont ils vous nuisent ? Que vous êtes-vous empêché de faire dernièrement à cause de vos complexes ? Avez-vous pris des choix en fonction de ceux-ci ?

À quoi ça sert, les complexes ?

Si vos complexes ont dominé certains aspects de votre vie, c’est bel et bien pour une raison. Les complexes ont effectivement une utilité. Ils se forment pour nous protéger.

Ils cachent souvent quelque chose de plus profond, une souffrance refoulée, celle de l’enfant blessé.[7] On veut éviter de revivre une humiliation, de se sentir inadéquat ou indigne de prendre sa place. On veut éviter de se montrer tel que l’on est parce que l’on croit qu’on ne sera pas accepté.

Mais pour vivre plus sereinement, cette protection n’est peut-être plus viable. Pour aller vers un mieux-être, il faut peut-être apprendre à faire autrement.

Et si vous n’aviez plus besoin de vous protéger ?

 

Tu veux en savoir plus ? Voici le lien vers notre prochain article : Comment se libérer de nos complexes ?

 


Notes bibliographiques

[1] Bulletin pour la santé publique, Association pour la santé publique du Québec, Mai 2010, volume 32, numéro 2, p.1.

[2] Camirand, H., Cazale, L., Bordeleau, M., Les élèves du secondaire sont-ils satisfaits de leur apparence corporelle ?, Zoom Santé, Institut de la statistique du Québec, Numéro 49, Février 2015, p. 1.

[3] Bulletin pour la santé publique, Association pour la santé publique du Québec, Mai 2010, volume 32, numéro 2, p. 15.

[4] Camirand, H., Cazale, L., Bordeleau, M., Les élèves du secondaire sont-ils satisfaits de leur apparence corporelle ?, Zoom Santé, Institut de la statistique du Québec, Numéro 49, Février 2015, p. 1.

[5] Bulletin pour la santé publique, Association pour la santé publique du Québec, Mai 2010, volume 32, numéro 2, p.3.

[6] Ibid. p.4

[7] http://www.psychologies.com/Moi/Se-connaitre/Estime-de-soi/Articles-et-Dossiers/Depasser-nos-complexes/Complexes-3-pistes-pour-s-en-debarrasser

[8] Ibid.