J’ai été invitée à slamer pour l’événement du Centre Info-Femmes le 11 mars 2018. J’ai décidé de leur présenter le tout premier slam que j’ai composé en 2013.

Dans cette vidéo

Je déménage (encore!).
À 34 ans je traversais mon 23e déménagement.
Le 20e depuis que je suis autonome de mes déplacements.
Depuis que je suis à l’automne d’une vie qui ment.

À 17 ans je voulais m’échapper d’une campagne trop tranquille.
Trop fermée, trop plate, trop trou, trop vide.
Trop abondante d’une nature opulente,
Mais trop avare de liens relationnels signifiants.
Je voulais faire la grande à Montréal,
mais je me sentais si petite dans la grande capitale.

À 18 ans j’ai voulu revenir dans le confort de la plate campagne.
À 19 je fuyais la blonde de mon père, j’allais me tester chez ma mère.
À 20 je retournais me tester dans la grande cité.
À 21 je changeais de colocation et de quartier.

À 22 c’était pour vivre avec mon amoureux.
À 23 on voulait devenir Rimouskois.
À 24 on a trouvé ze appart.
À 25, allais-je enfin devenir sédentaire ?

Ben non, parce qu’à 26 on est revenu icitte.
À 27 je braillais ma rupture comme une fillette.
Pi là j’ai déménagé 3 fois en 9 mois.

À 28 je voulais être unique, vivre tu seule comme une grande fille.
À 29 j’en avais assez de l’isolation, je suis retournée en colocation.
À 30 j’étais déjà inquiétante !
À 31 on pouvais-tu m’attacher quelqu’un !

À 32 c’était à cause d’un voisin dangereux.
À 33 c’était à cause d’un beau grand gars.
À 34, je vous jure, je voulais pas lever les pattes.

Mais… je suis une déménageuse compulsive.
Une hyperactive de l’installation.
Une vraie pro du baluchon.
Mes amies m’aiment vraiment
Pour m’aider à chaque année
Alors que je leur promets autant comme autant
« Je vous le jure que je vais rester ici au moins pour 3 ans »

À force de voir la même gang année après année
Elles n’ont même plus besoin de se parler
Il s’est développé une espèce de chimie
Elles font ça toute seule aujourd’hui

En plus, je suis rendue redoutable.
Dans l’art de faire la table.
Après 24 heures il n’y a plus de traces.
J’ai déjà faite ma place.

Mais comment ça se fait que je la cherche autant ma place ?
Pourquoi je suis incapable, de rester en place ?

Pi là je me fais pu confiance.
Ça va être quoi ma prochaine malchance ?
Quessé qui va me pogner dans une coupe de mois ?
De quoi je vais vouloir me sauver sinon de moi ?

Je m’évacue, je me vidange.
Je m’abandonne et je m’échange.
J’émigre continuellement.
Je m’expatrie ou je m’enfuie ?

Qu’est-ce que je cherche dehors
Qui se trouve à l’intérieur ?
Qu’est-ce qui me mort ?
De quoi j’ai peur ?

Je me transplante.
Mais la greffe ne fonctionne jamais on dirait.
Comment faire pour jeter l’encre ?
Pour m’enraciner avec plus de consistance ?

Dans ma tête ça virevolte.
Dans mes pieds ça se révolte.
Je  veux arrêter de faire des détours.
Je veux me poser plus qu’un jour.

Je ne suis pas sans famille
Et je ne m’appelle pas Rémi
Mais je me balade
Dans la vie

Je suis atteinte d’une maladie.
J’en ai bien peur.
J’ai besoin d’une thérapie.
Et dans l’heure !

J’ai eu l’idée de partir un groupe de soutien.
Ma sœur me dit que la famille et les proches aussi en ont besoin.
Un groupe de déménageurs compulsifs anonymes.
Où on réciterait une prière qui fait des rimes.

Mon Dieu donne-moi la sérénité.
De rester pour une fois.
Plus de deux ans au même endroit.
Et la sagesse d’accepter.
Le bonheur de la sédentarité.